Femme politique

Cécile Jodogne, Secrétaire d'Etat à la Région bruxelloise et Ministre du Gouvernement francophone bruxellois

Femme politique, deux mots qui vous qualifient ?

Cécile JODOGNE : Je suis une femme politique, je trouve important d’être au clair sur ce point, car la reconnaissance n’est pas toujours au rendez-vous. Je veux dire l’évidence d’être reconnue comme femme politique dans le regard de l’autre. J’ai connu plusieurs situations lors desquelles j’ai perçu cet instant de confusion, alors que l’interlocuteur se rend compte que la fonction est assurée par une femme.

Les a priori restent présents, fixés dans nos inconscients, et ne sont pas l’apanage des seuls hommes.

Je me souviens d’un rendez-vous avec une responsable d’administration alors que j’exerçais la fonction de bourgmestre de Schaerbeek. A l’instant où je l’accueille dans mon cabinet, elle s’adresse à moi en s’enquérant de son rendez-vous avec LE bourgmestre. «Je suis LA bourgmestre», lui répondis-je. Son visage se décomposa à la suite de ce moment d’inadvertance. Elle me confia avoir été elle aussi dans pareille situation, elle ne comprenait pas comment elle avait pu commettre pareille bévue dans ce moment d’inattention, étant elle-même sensible à cette question des préjugés liés au genre.

Je vous raconte aussi cette anecdote, l’empressement d’un visiteur que j’accueillais, à me demander : « où est le Monsieur ? ». Il s’adressait à la secrétaire...

Les préjugés, la persistance des stéréotypes... Vous percevez un changement ?

C.J. : Heureusement la féminisation de la politique est devenue une réalité qui s’installe progressivement. Quant à la parité effective des assemblées parlementaires et conseils communaux, elle fait encore figure d’objectifs à atteindre.

C’est au niveau du résultat des élections qu’il faut arriver à la parité. À Bruxelles, on dépasse à peine les 40% de femmes dans les conseils communaux et au parlement Bruxellois. Bruxelles est en 4ème position parmi les entités fédérées, selon les statistiques de l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes.

Ce sont donc avant tout les électeurs qu’il faut sensibiliser et convaincre. Et là, les partis politiques ont une responsabilité, ils ont le pouvoir de changer les choses en mettant plus en avant les femmes.

Mais ne l’oublions pas, qu’elles que soient les mesures prises pour favoriser une meilleure représentation des femmes, il restera toujours l’indispensable légitimité démocratique. La femme politique doit convaincre son propre électorat.

Il y a un travail à faire. Je le constate lors de mes rencontres dans le secteur économique, elles ont parfois un manque de confiance en elles-mêmes. Pour faire évoluer les mentalités, les milieux politiques doivent continuer à valoriser le travail des femmes politiques. Ceci peut être fait à l’intérieur même des partis, en offrant aux femmes des outils de coaching leur permettant de dépasser leurs doutes : « en serais-je capable ? ». Cette question peut faire obstacle pour aller de l’avant, il faut accompagner celles qui le souhaitent.

Une fois dépassée, cette barrière peut aussi être une force, car le doute est le ferment pour une approche plus nuancée, moins frontale. Nous avons peut-être une conception de la prise de décision plus inclusive et participative. Enfin... le fait d’être une femme n’est pas un déterminisme pour cette faculté, mais il me semble qu’il y a tout de même une tendance dans ce sens.

Comment avancer ?

C.J. : Le domaine politique n’est pas le plus en retard, la parité dans les grandes entreprises, les médias, les métiers technologiques est loin d’être une réalité. Et c’est tout aussi important. Une manière d’avancer est de mettre en avant là aussi les femmes qui entreprennent. C’est ce que je fais chaque fois que l’occasion se présente, avec les dirigeantes d’entreprises qui recherchent des marchés à l’exportation par exemple.

Pour combattre les stéréotypes, il faut que tous les secteurs d’activité se féminisent. C’est cela qui changera progressivement la perception, et a fortiori, les préjugés finiront par s’éroder. L’évolution ne peut se faire partout avec la même intensité, pour les femmes pompiers par exemple, les mentalités changent, mais il y a encore du chemin à faire. Je pense à toute la question de l’adaptation ou non des critères de sélection. Et jusqu’à quel point en fonction des exigences du métier ? Ces questions se posent dans de nombreux secteurs.

La parité obligatoire sur les listes électorales, une transition

C.J. : La question avait initialement été posée en termes de « quotas », je me sentais à l’époque peu motivée pour argumenter en ces termes... Mais peut-être fallait-il en passer par là pour faire un pas significatif vers la féminisation de la vie politique. Cette proportion de femmes sur les listes électorales a été instaurée progressivement par la loi, entre 1994 et 1999.

Je vois la parité obligatoire comme une transition.

La parité des candidats et candidates est une étape mais il faut aussi que ce soit suivi d’une présence effective des femmes dans les assemblées et les exécutifs et pas qu’en nombre, aussi en compétences confiées. Et là, il y a encore du travail pour convaincre.

D’autres préjugés consistent à penser qu’une femme politique serait plus encline à traiter des compétences dans le secteur social, dans l’enseignement ou encore… des questions liées à égalité des genres. Encourager l’accès des femmes à des domaines d’activité où elles ne sont pas attendues, c’est important pour changer les perceptions.