Salles de consommation à moindre risque : une réponse efficace en termes de santé et de sécurité publique

Vendredi, 9 février, 2018

Salles de consommation à moindre risque : plus de sécurité pour les citoyens et les consommateursCe midi, Cécile Jodogne participait à l'émission "Débats Première" sur La Première afin de discuter de la problématique des salles de consommation à moindre risque. L'occasion pour elle de rappeler les mesures qu'elle prend en termes de santé publique, et son avis favorable vis-à-vis des salles de consommation à moindre risque. Par ailleurs, Belspo (le Service public de programmation Politique scientifique) a présenté une étude "Drugroom" cette semaine. Celle-ci visait à étudier la faisabilité d’un tel dispositif et ses modalités pratiques. Elle a notamment abordé les situations spécifiques de Gand, Anvers, Bruxelles, Liège et Charleroi.  

Une SCMR, c'est quoi ?

Une salle de consommation à moindre risque est un lieu reconnu légalement, offrant un environnement hygiéniquement sûr, où des individus peuvent consommer des drogues qu’ils ont obtenues préalablement, sans jugement moral, sous la supervision d’un personnel qualifié. Elles visent à réduire les risques d’infection (VIH et hépatite C principalement), les risques d’overdoses et d'autres dommages. Elles visent également à réduire les nuisances liées à la consommation dans des lieux publics et la présence de seringues usagées dans ces lieux.

Nonante dispositifs de SCMR existent en Europe notamment au Danemark, en Suède, en Norvège, en Espagne, en Suisse, en France, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Les premières "drugroom" sont apparues en 1986. Certaines ont été créées à des fins de santé publique et d’autres dans un objectif de sécurité publique. La question d’un tel dispositif en Belgique se pose depuis un certain nombre d’années. Leur efficacité en termes de santé et de sécurité est prouvée scientifiquement. 

Bruxelles réfléchit à l'ouverture prochaine possible d'une SCMR 

En ce qui concerne l'ouverture de salles de ce genre, la question des salles de consommation à moindres risques a été inscrite à l’ordre du jour d’une conférence interministérielle santé publique et un groupe de travail a été créé en début de législature. Le SPF santé publique a réalisé un travail documentaire et de synthèse. Les différents cabinets ont exprimé leur point de vue. La Région bruxelloise, la Cocof et la Cocom soutiennent la mise en place d’un dispositif SCMR à Bruxelles et ont même proposé un modèle de fonctionnement sur la base d’une consultation du terrain. 

Le gouvernement bruxellois a décidé le 17/10/17 de saisir le comité de concertation au sujet de la reconnaissance légale des traitements assistés par diacétylmorphine (délivrance d’héroïne sous contrôle médical). Ce type de dispositifs s’adresse à des usagers de drogues lourdement dépendants aux opiacés.

La Ministre soutient le projet

La Ministre de la santé Cécile Jodogne soutient largement la réduction des risques : elle reconnait cette mission depuis 2016 dans son décret "ambulatoire" mais des actions existaient déjà dans ce domaine avant et étaient déjà soutenues. Elle finance plusieurs services : Modus Vivendi, Dune, Lama, etc. Elle finance par ailleurs également des programmes de prévention de l’usage de drogues (Prospective Jeunesse, Infor-drogues). 

Pour Cécile Jodogne, il faut avant tout privilégier une approche de santé publique : "des usagers courent des risques, comment diminuer ces risques ? Les SCMR répondent à cette problématique, les évaluations réalisées à l’étranger en attestent. De plus, les SCMR sont un bon moyen de rentrer en contact avec des usagers très précarisés dont certains ne fréquentent aucun service socio-sanitaire et de les réintégrer dans un circuit d’aide et de soins psycho-médico-sociaux", a-t-elle expliqué au micro de Thomas Gadisseux. 

En effet, depuis le début de la législature, la Ministre fait de la réduction des risques en matière de drogues l’une de ses priorités en termes de promotion de la santé.

De nombreuses données scientifiques montrent que les personnes confrontées à l’usage de substances psychotropes, accompagné ou non d’une dépendance, courent des risques importants pour leur propre santé : overdoses, infections au VIH et aux hépatites, ainsi que d’autres risques qui varient selon les produits et les modes de consommation. Certaines affections, comme l’hépatite C, représentent de véritables épidémies qui ont un coût humain et financier considérable.

L’approche purement sécuritaire du phénomène est extrêmement coûteuse et a montré ses limites. Il est grand temps de mettre au premier plan la priorité de santé publique dès lors qu’il s’agit de consommation de drogues, en privilégiant une vision pragmatique et progressiste qui met la santé de la personne et de la collectivité au centre des préoccupations.